Flaubert contre Matt Cutts: du roman littéraire à l’écriture web

Livres de bibliothèque

Ce billet a été lu 2049 fois. À votre tour?

On n’écrit pas pour le web comme on rédige un roman. A l’issue de la folle course au SEO, le glas sonne aujourd’hui pour les auteurs prolixes et abscons.

Avant de troquer plume contre clavier, apprenti Balzac, il y a quelques préceptes qu’il te faudra intégrer. Tromperie ? Trahison ? Laisse de côté ta Peau de chagrin, futur copy, et écoute-moi bien.

Clair et concis ton texte sera, tes rêveries tu nous épargneras

Si Zola pouvait en son temps se permettre cinquante-trois pages de description de paysages en guise d’introduction, l’écriture web requiert clarté et concision. Finies les approximations, au grenier les métaphores filées ! Le lecteur scanne, cligne et zappe. Alors, oublie les préambules : donne lui du substantiel, du concentré. Et vite ! C’est qu’il a un flux RSS à prendre, cet homme pressé.

L’enfer, c’est le SEO » Sartre Deux-point-zéro

[spoiler] « Il était une fois » [/spoiler]

Puisque notre lecteur n’aime pas perdre son temps, déballe-lui d’entrée de jeu le dénouement. C’est le fameux modèle de la pyramide inversée : la chute d’abord et les détails dans la suite. Donne-lui du qui et du quoi avant de lui révéler le où, le quand, le comment et le pourquoi.

Le suspens tu tempéreras

Le lecteur du web est en quête de réponses. Evite donc de l’embrouiller en lui fourguant dans la tête plus de questions qu’il n’en avait en arrivant. Au mieux, il s’en ira. Au pire, il ne reviendra pas. Rien ne sert de laisser le lecteur en haleine et l’intrigue en suspension: du roman au web, la rêverie se change en frustration.

Les yeux doux aux maisons d’édition tu cesseras, dans l’œil de Google tu taperas

Fini l’envoi désespéré de manuscrits ! Pour être lu, c’est désormais Google qu’il te faudra convaincre. Hissez haut l’étendard SEO ! Optimise ton navire et  « pimp »-le aux couleurs du responsive webdesign. Nettoie le pont 404 et ouvre bien grand tes social-écoutilles. Cap sur la première page des résultats !

Les mots-clés tu répéteras, les mots-clés tu répéteras

« Deux fois le même mot en l’espace d’une seule page ? Quelle pauvreté lexicale mademoiselle/monsieur ! » Pardonne tes professeurs de français s’ils n’ont pas pu voir en toi le copywriter qui sommeillait. Il est grand temps d’essuyer ta rancœur et de t’en donner à cœur joie : mots-clés et densité sont sur le web d’excellents alliés.

Alors, littérateur, prêt à embarquer sur le navire SEO ?

Related

A propos de Caroline Groutars

Romaniste de formation, Caroline a fini par troquer le Bon Usage et Marcel Proust contre Twitter et les bibles du Marketing web. Depuis, réconciliant passions pour les mots et pour le grand Internet, elle se forme petit à petit au marketing éditorial.

Sur le sujet, avez-vous lu...

9 Responses to Flaubert contre Matt Cutts: du roman littéraire à l’écriture web

  1. Flaubert, Sartre, Zola et Balzac dans un billet sur le marketing de contenu, j’adore !
    Il est vrai qu’aujourd’hui, les articles de blog les plus populaires ne sont pas ceux qui sont les mieux écrits, ce sont ceux qui répondent aux questions de l’auditoire. Le lecteur web est pressé et ne lit pas un article de blog comme un bon roman. Il faut être clair, précis et « to the point ».

    Selon moi, l’élément le plus crucial est le titre : s’il n’est pas interpelant, intriguant ou explicite, les gens n’iront pas plus loin. Ensuite la structure : le lecteur 2.0 ne lit pas un article du début à la fin, il le scanne, sautant des paragraphes, revenant en arrière, etc. C’est pourquoi il est important de bien structurer son texte avec des sous-titres, des listes à puces et du texte en gras pour faciliter la lecture. Enfin les images : essentielles pour rendre le texte moins austère et augmenter le taux de clic.

    Bref, très bon article et au plaisir de vous lire,

    Geoffrey

  2. Caroline Groutars dit :

    Merci Geoffrey pour ce commentaire très constructif !

    Le titre, la structure, les images : tous ces éléments apportent un excellent complément à cet article qui, dans le fond, se voulait plus léger qu’exhaustif.

    Et puis, longue vie à la littérature (quand même) ;)

  3. Kaféine dit :

    Avouez: vous êtes fan de mes articles et notamment de celui-ci, que vous aviez découvert grâce à mon lien et qui vous a marquée, c’est ça?

    http://www.kafeinemarketing.com/10-regles-journalisme-utiles-webmarketeurs/

    Ou alors le dicton est vrai: les grands esprits se rencontrent…

    (je ne sais pas si ça se dit en Belgique, mais vous avez compris l’idée)

    • Caroline Groutars dit :

      Je ne sais pas si nous sommes de grands esprits mais une chose est sûre : je n’ai jamais mis les pieds sur votre blog (peut-être devrais-je y remédier).
      Je n’ai fait qu’énoncer des préceptes de base inspirés du décalage existant entre mes deux formations.
      Quant à la tournure en « tu feras », elle n’est pas fondamentalement originale. Nous n’avons rien inventé.
      Enfin, je ne vois dans la similitude du « tu nous épargneras » qu’un goût partagé pour la précision lexicale.

      Sans rancune ?

      Je vous souhaite une belle journée ;)

      • Kaféine dit :

        Tout à fait, vous êtes cordialement invitée à y venir régulièrement :)

        C’est vrai que sur le fond rien n’est original, c’est l’ensemble des similitudes qui m’a fait rire.

        Belle journée à vous ;)

  4. Techniquement, je te rejoins mais, dans un autre sens, on écrit un roman comme on écrit pour le web: en se faisant plaisir et en faisant plasir. C’est la conclusions d’un article écrit sur mon blog (http://www.francoishallut.be/lacourderecre/e-communication/ecrire-pour-le-web/). On écrit pour le web en fonction du SEO mais également pour se faire plaisir et surtout pour faire plaisir au lecteur. Parce qu’il est là le challenge de l’écriture web : écrire avec concision mais, aussi avec style.

    • Caroline Groutars dit :

      Oui, François, tu as tout à fait raison.

      D’ailleurs, la tendance générale tend vers la valorisation des contenus qualitatifs, personnalisés et susceptibles d’intéresser véritablement le lecteur. Toutefois, je pense que l’attention apportée à l’aspect technique SEO n’empêche pas de produire un texte agréable à lire mais également à écrire.

      Preuve en est, s’il le faut : j’ai adoré écrire cet article ;)

      • Exactement, Caroline. C’est cependant la forme, plus que la contenu qui m’intéresse ici.
        L’aspect technique du référencement avec lequel nous devons composer fait, du reste, partie du plaisir d’écrire pour le web. Ce qu’il ne faudrait pas passer à la trappe trop facilement ce sont justement les écarts stylistiques. Une métaphore filée, de temps en temps, peut réjouir le lecteur, même si elle s’oppose à la concision.

  5. @François & Caroline: je vous rejoins sur le fait qu’il faut écrire pour faire plaisir. Par contre si c’est un objectif honorable, il n’est pas le seul. Le contenu est devenu un levier de marketing, censé contribuer à une augmentation des ventes et du chiffre d’affaires. Le plaisir n’est, malheureusement, qu’une portion bien congrue, d’un tout.

    A l’agence, nos rédacteurs n’éprouvent pas toujours du plaisir lorsqu’ils écrivent. Du reste, je pense que les écrivains romanciers non plus. Pour pratiquer moi-même l’écriture romanesque, je sais qu’il y a des moments très douloureux.

    En cela donc je vous rejoins: il y a des liens à faire entre écriture romanesque et écriture web. Et le débat est loin d’être clos.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>