Page d’accueil, chronique d’une mort annoncée…

Ce billet a été lu 1463 fois. À votre tour?

Il y a deux ans, à la même période, j’écrivais un article sur le déclin de la page d’accueil, qui suscita quelques commentaires et initia une discussion plus large sur l’utilité et l’usage de la page d’accueil. Il y a quelques jours, Gerry McGovern intitulait sa newsletter hebdomadaire « The decline of the homepage »… Une bonne occasion de revenir sur le sujet.

N’existe que ce qui se nomme…

Souvenez-vous : à l’époque, la discussion sur la page d’accueil avait, dans son sillage, soulevé la question de sa dénomination. D’aucuns l’appelaient page index ou page racine, d’autres : page générique, page sommaire ou encore page d’introduction.

Par ailleurs, je m’interrogeais sur l’obsolescence à venir de la page d’accueil, arguant que beaucoup d’éléments et de comportements observables sur la toile semblaient aller en faveur d’une disparition de cette page d’entrée. Moteurs de recherche, netlinking, viral marketing et autres bannières publicitaires contribuant à « bypasser » la grande porte.

Sur le Web aussi, les temps les gens changent

Plus l’usage du Web prend de l’âge, plus il devient spécifique, déclarait Gerry McGovern dans une récente newsletter. Aux premières heures du Web, il était fréquent de passer par la grande porte pour consulter un site Internet et de se laisser guider par les remontées de contenu qui y figuraient. Aujourd’hui, la recherche (externe ou interne), les liens externes, la qualification des mots-clés, les fils RSS et tutti quanti envoient directement le visiteur dans la profondeur des pages. Ainsi, l’utilisateur aura tendance désormais à chercher « retours Toyota » plutôt que « Toyota » tout court.

On peut se demander dès lors pourquoi, dans un projet de refonte, la page d’accueil suscite toujours autant de mobilisation, de courses au vedettariat et de jeux de coudes pour y avoir sa place… Comme je l’écrivais aussi l’an dernier, la page d’accueil n’est plus, nécessairement, une page d’entrée, mais elle reste une page d’accueil — un peu comme les totems indicateurs dans les centres commerciaux.

Tous les sites à la même enseigne

Ce constat — la page d’accueil est morte — ne vaut pas que pour les sites institutionnels et commerciaux. Les sites d’information ont sans doute été les premiers à devoir s’adapter à la diversité des points d’entrée choisis par leurs visiteurs.

A cet égard, j’ai beaucoup d’admiration pour les expérimentations de la BBC, en perpétuelle recherche de nouveaux modèles et interfaces pour accéder à ses contenus. J’évoquais l’an dernier leur stratégie de personnalisation de la page d’accueil. Mais leur BBC news radar (lien indisponible) est un autre exemple: la chaîne britannique s’est inspirée de Twitter, cette fois, pour diffuser les derniers articles publiés et mis à jour, dans toutes les catégories de contenu qu’elle propose par ailleurs sur son site.

Qu’en est-il des blogs?

Certain pair se posait la même question il y a près de deux ans : un blog nécessite-t-il encore une page d’accueil vu que les lecteurs accèdent aux billets par les biais les plus variés (moteurs de recherche, blogoliste, fil RSS, Netvibes et autres agrégateurs), mais pas, en tout cas, en accédant directement à cette page d’accueil. Il faut dire que ce blog – qui n’était pas un blog, mais en avait tout l’air) avait une page d’accueil. Et on admettra que la page d’entrée sur un blog n’est pas une page d’accueil au sens commun où on l’entend. Sur un blog, la page d’entrée comporte soit le résumé des derniers articles, soit le dernier article en entier, mais rarement une présentation des différentes pages et rubriques du blog.

Copie à revoir?

Bref, doit-on encore se fier à la fameuse phrase d’introduction du non moins fameux bouquin de l’ami Jacob, L’art de la page d’accueil: 50 sites web passés au crible ?

Homepages are the most vauable real estate in the world. Millions of dollars are funneled through a space that’s not even a square foot in size. The homepag’s impact on a company’s bottom line is far greater than simple measures of e-commerce revenues…

Pas si sûre… Et vous, qu’en pensez-vous? La discussion est ouverte. J’attends vos avis.

Ce billet a paru également sur Owni.fr sous le titre Homepage: RIP.

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A propos de Muriel Vandermeulen

Directrice associée de l'agence Wearethewords, Muriel prône un Web utile, attrayant et durable grâce notamment à une meilleure gouvernance éditoriale. Aujourd'hui, ses compétences sont largement reconnues auprès des groupes de presse (Le Monde, L'Avenir.net, ... ), de grands comptes (Fnac, CDC, Unilever, Toyota), ou encore de hautes écoles et ministères belges et français.

Sur le sujet, avez-vous lu...

11 Responses to Page d’accueil, chronique d’une mort annoncée…

  1. Etienne Denis dit :

    Attention, il y a ici dérive du concept: de « le déclin de la page d’accueil », il ne faut pas faire le saut à « la page d’accueil est morte » (bien que je lis la nuance: ne vaut pas que pour les sites institutionnels et commerciaux).

    La page d’accueil, comme concept, est encore très vivante et répond à une fonction très importante: l’introduction. Oui beaucoup de gens vont faire des recherches à mots-clés multiples, comme « retours toyota », mais plusieurs vont simplement taper la marque de commerce.

    Très concrètement, ma Subaru commence à prendre l’âge, et quand je voudrai la changer, la première étape sera de faire le tour des modèles proposés par les constructeurs : je vais donc visiter les sites de Toyota et de ses concurrents. L’impact des pages d’accueil sur ma décision d’achat sera alors probablement aussi forte que tous les sports publicitaires que ces entreprises auront diffusé à la télé.

    Le raisonnement vaut également pour les blogues et les autres sites qui ne sont pas « institutionnels et commerciaux ».

    Par exemple: je peux avoir croisé Muriel Vandermeulen dans un congrès à Paris, ne pas avoir retenu son nom de famille ;-) mais me rappeler de « We Are The Words ». Si je tape cette expression dans Google, j’arrive sur la page d’accueil de http://www.wearethewords.com. Or cette page ne fait pas son travail de page d’accueil: me convaincre en à peine une seconde ou deux de passer à l’autre étape.

    La majorité des sites ont cet enjeu, incluant les pages d’accueil non traditionnelles comme celles de Twitter ou Facebook. D’ailleurs, à l’époque Google a déclassé Yahoo pour plusieurs raisons, dont une page d’accueil qui répondait beaucoup mieux au principal besoin des internautes qui la consultaient.

  2. Hello Etienne ! Tu sais, en écrivant ce billet, je pensais à ce que tu disais à Paris, justement, à l’issue du Workshop, autour de la nécessité de faire des tests sur les pages à partir des points d’entrée. Les mots clés « Toyota retours » font ici référence aux malheureux problèmes techniques que connaissent les véhicules Toyota pour l’instant. Le propriétaire d’une Toyota se sentant concerné aura, à mon sens, tendance à taper Toyota retours plutôt que simplement Toyota puisqu’il peut qualifier sa recherche.

    Bon et puis concernant la page d’accueil de http://www.wearethewords.com, t’es vraiment vache ! ;-) Aller prendre pour exemple une page statique vitrine pleine de poussière, non mais.

  3. Dalb dit :

    Et si on prenait le mot « page d’accueil » non pas en tant qu’offre (je fais la page d’accueil du site de l’institution), mais du point de vue de l’internaute. A chaque arrivée sur « le » site quelle que soit l’endroit, l’internaute doit se trouver sur « une page d’accueil » (pour l’accueillir). C’est une notion générale plus qu’une (seule) page concrète. Mais quelle que soit « la page d’accueil », on doit y retrouver des éléments communs qui vous font dire que c’est une page d’accueil de ce site. J’ai l’impression (mais uniquement l’impression – je ne suis pas spécialiste) que le site la BBC (site d’actualités plus que site d’information) offre de nombreuses pages d’accueil qu’elle distingue d’une « front page ». Pour ceux qui préfère sonner à la porte plutôt que de passer par la porte du jardin… Qu’en pensez vous ?

  4. Tania dit :

    En ce qui concerne les blogs, il me semble que la page d’accueil y est une exception, les flux rss ouvrent sur le dernier billet mis en ligne.
    Du coup, la page d’accueil de « La plume et l’image », par exemple, joliment renouvelée au gré des saisons, la seule que je connaisse dans les blogs que je lis régulièrement, en est d’autant plus précieuse et personnelle.

  5. analyse_web dit :

    Je suis désolé mais pour la majorité des internautes qui ne sont pas des professionnels comme nous, la seule entrée, en dehors de « l’entrée directe » (par l’URL), est le référencement. Le commun des mortels n’utilise pas les flux ni les agrégateurs, ni twitter, ni rien.
    Surtout pas les flux…

    Hors, oui, si l’internaute arrive pas le moteur de recherche, il n’arrive pas forcement sur la home.
    Mais non, la home est toujours importante. Car l’internaute, quand il est perdu (c’est à dire souvent), a le réflexe de retourner sur la home. C’est son repère.

    Frédéric Cavazza vient tout juste d’écrire un article sur les comportements internautes à surveiller. Il traite également de « l’esquive de la page d’accueil ».
    J’ai déposé un commentaire sur ce sujet qui traite principalement du parcours internaute.
    Je vais le copier ici. Mais avant, j’ajouterai que si le parcours internaute doit être optimisé sur chaque page du site, il doit l’être encore plus sur la home :

    « Pour l’esquive de la page d’accueil : Je mets un petit bémol :
    - La page d’accueil reste très importante et reste une page d’atterrissage. Son rôle est de diriger l’internaute vers la suite du (des) parcours que nous aurons élaboré dans le site.
    - Ainsi la page d’accueil doit, tout en respectant une hiérarchisation d’information, mettre en avant :
    > Les différents portes d’accès suivant les profils et parcours.
    > Des zones d’informations “rapides” (actus, zoom sur…)
    - Par conséquent, elle reste très importante. C’est pour cette raison, qu’il ne faut la négliger même s’il on pense que les internautes ne la regardent pas.
    - Par contre, je suis d’accord sur le fait qu’ils ne restent pas longtemps dessus et qu’ils partent rapidement. Mais on doit les aider à partir rapidement grâce à ces différentes “portes” qui amènent vers le reste du site. Il faut également éviter de multiplier ces portes et pavés d’informations sur le home; afin que l’internaute n’ait pas à réfléchir trop longtemps avant de cliquer. »

  6. @ Dalb : oui, au sens de page d’entrée dans ce cas, nous sommes d’accord. Toute page d’entrée doit remplir les mêmes missions du côté de l’internaute : où suis-je, que puis-je « faire » sur ce site, quelles informations qualifiées vais-je y trouver, quelle valeur ajoutée ?
    Actualités ou informations, nous sommes d’accord, je pense, sur la mission du site de la BBC. Et, précisément, c’est ce que je souligne dans mon article: la BBC est excellente dans la quête permanente de multiplier les pages d’entrée (pages d’accueil, selon votre terminologie) pour répondre aux comportements et attentes des utilisateurs.

    @ Tania : oui, précisément, le blog a pour coutume d’accueillir ses lecteurs sur une « page liste » comportant les derniers billets. Je ne suis pas sûre cependant que, du coup, lorsqu’il y a une « vraie page » d’accueil, elle soit plus précieuse (parce que c’est rare). Tout dépend de son utilité (et utilisabilité).

  7. BreiZh SEO dit :

    Pas tout à fait d’accord avec cet article. Si la page d’accueil n’a plus trop d’intérêt pour le lecteur, elle en garde pour les moteurs de recherche. C’est souvent cette page qui bénéficie du plus fort PR sur un site. De plus, elle permet de placer du contenu supplémentaire et de renforcer son maillage interne.
    Je parle bien sur, ici, en tant que référenceur (SEO):-P!

  8. @ BreiZh SEO ! Merci, merci ! J’attendais impatiemment la réaction d’un référenceur. J’abonde parfaitement dans votre sens, bien entendu, pour autant, comme vous le dites, que l’on parle de référencement. :-)

  9. @ analyse_web : merci pour votre réflexion. Je vous invite à ne pas lire mon article de manière aussi catégorique qu’il semble que vous l’ayez reçu. Mon propos était d’inviter à la discussion et au questionnement. Cette esquive de la page d’accueil existe, certes, mais elle n’est pas généralisée : nous sommes d’accord. Et je ne recommanderai certainement pas à un client d’en faire l’économie pour répondre à une tendance grandissante, mais pas universelle. Rien de tel que des tests utilisateurs pour connaître réellement le comportement de ses audiences sur les interfaces qu’on leur propose.
    Car nous ne faisons pas des sites Internet pour la « majorité des internautes » que vous citez, mais pour des audiences ciblées, avec des comportements et des attentes particulières.
    Il n’y a donc, selon moi, pas de règle universelle. Mais le constat qu’il convient, comme en tout, de ne pas se contenter de réponses : d’être toujours en questionnement.

    Du reste, Google, sans sa page d’accueil, par exemple, ne serait plus Google. Malgré son intégration dans les navigateurs, entre autres.

  10. analyse_web dit :

    @ Muriel : Moi aussi j’ai été un peu « direct ». Mais mon boulot, c’est de respecter le besoin de l’internaute. Et c’est souvent en conflit avec beaucoup de chose : le SEO, la vision de l’entreprise/annonceur, les autres pros du web…

  11. Jacques Maltais dit :

    Cette discussion est intéressante. Mon grain de sel serait le suivant. L’internaute a besoin d’un environnement d’accueil qui le contextualise.

    Quant à la page d’entrée, son contenu doit être en relation directe avec le lien y menant.

    L’environnement, lui, est inchangé.

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